Claus

lundi 24 juillet 2006
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Le Vieux Jardinier


Émile Claus
Vive-Saint-Éloi (Courtrai) (B), 1849 - Astene (B), 1924
Le Vieux Jardinier
1885
Huile sur toile, 216 x 140 cm
Signé en bas à gauche : Émile Claus
Inv. AM 156/173

En 1882, Émile Claus s’établit à Astene (près de Deinze), séduit par un pavillon de chasse situé sur les berges de la Lys. « La maison est entre la grand-route et le rivière, basse, spacieuse et claire, un peu loin du village, par delà une douve bordée d’osiers, de spirées et d’eupatoires. Un rosier grimpe jusqu’au toit et enguirlande de ses cœurs safranés l’œil de bœuf où se lit ‘Zonneschijn’. C’est le nom de l’habitation ; c’est aussi une dédicace à la lumière. »

À cette époque, l’artiste tente de se libérer des contraintes académiques, quitte l’atelier pour le plein air, éclaircit sa palette et s’intéresse à la vie rurale de la Lys ainsi qu’à l’étude de la lumière.
Il rencontre alors ses premiers succès avec de grandes compositions naturalistes, telles que le Vieux Jardinier, d’un réalisme influencé par la photographie, dans la veine du peintre français Bastien-Lepage.

À l’entrée de « Zonneschijn », le vieil homme est saisi par le peintre au moment où il pénètre, hésitant et timide, dans la grande demeure, un pot de géranium sur le bras ; toute sa physionomie témoigne du dur labeur qu’il accomplit et sa taille imposante, malgré l’âge, dégage une force excep-tionnelle tandis que le regard vif qu’il fixe vers nous interpelle par son acuité : surprenante apparition nimbée de lumière .

Le rapport à la photographie paraît plus qu’évident dans la mise en scène par laquelle Claus compense le contre-jour par un éclairage provenant de la pénombre intérieure.

« Claus est sans contredit un de nos paysagistes dont les succès ne se comptent plus ; nous rencon-trons dans ses œuvres un vague ressouvenir de l’École d’Anvers, une hantise de Courbet, mais surtout une forte attache au vibrisme, cette école nouvelle, dont Claus ne prend que le bon, laissant de côté jusqu’ici ce qu’elle a d’exagéré ». C’est en ces termes que le critique Frederickx commente les œuvres, entre autres le Vieux Jardinier et les Patineurs, que le peintre expose au Cercle artistique et littéraire de Gand en janvier 1892 et qu’il présentera également au Salon de Liège du 8 mai au 13 juin de la même année.

Repères biographiques

Seizième enfant d’une famille de commerçants ruraux, Émile Claus naît à Vyve-Saint Éloi, village des Flandres sur les bords de la Lys. Ses dispositions pour le dessin le mènent en premier lieu à l’Académie de Waregem. Il s’inscrit à l’Académie d’Anvers et décide de se consacrer entièrement à la peinture. Il expose pour la première fois à Bruxelles, en 1875. En 1879, trois ans avant le peintre Théo Van Rysselberghe, il s’embarque pour l’Afrique du Nord. Dès 1883, il travaille à Astene, près de Deinze, au bord de la Lys, dans un ancien pavillon de chasse qui deviendra trois ans plus tard sa résidence permanente.

Au contact de son ami Théo Verstraete, sa peinture s’éclaircit et devient plus lumineuse. C’est l’époque de quelques grandes compositions : le vieux Jardinier (1885), les Sarcleuses de Lin (1887), le Pique-nique, teintées de réalisme, où l’artiste décrit avec brio son environnement rural.
C’est le début de ses succès aux salons d’Anvers, de Bruxelles et de Paris où il loue un atelier dès 1889. Il l’occupera l’été pendant trois ans.

À Paris, il découvre l’art des impressionnistes, et de Monet en particulier, dont l’influence sera déterminante. Il se lie d’amitié avec Le Sidaner et rompt définitive-ment avec sa manière conventionnelle de peindre. Il participe à de nombreuses manifestations en France, en Allemagne, en Belgique, à la Libre Esthétique. 1905 sera l’année de son exposition au Cercle artis-tique de Bruxelles où il présente cinquante-deux toiles qui le consacrent comme le peintre, écrit Camille Lemonnier, « qui avait fait entrer dans l’art un paysage nouveau ; il avait créé une Flandre des peintres que la peinture ignorait encore ».

Les grandes expositions internationales de Paris, Venise, Barcelone lui ouvrent leurs portes avec enthousiasme, les musées acquièrent ses œuvres. Émile Claus fonde en 1904 le Cercle Vie et Lumière auquel participent Ensor, Georges Lemmen.
Il se réfugie à Londres durant la Première Guerre mondiale. Fidèle à sa vision de la nature, il demeure la figure la plus brillante du Luminisme, méritant bien le surnom de Peintre du soleil.