Monet

lundi 24 juillet 2006
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Claude Monet

Paris (F), 1840 - Giverny (F), 1926
Le Bassin du Commerce, Le Havre
1874
Huile sur toile, 37 x 45 cm
Signé en bas à gauche : Claude Monet
Inv. AM 399/151

Monet à Pissarro, Le Havre, le 27 janvier 1874 : « [...] J’ai su également par le journal L’Événement que le conseil d’administration faisait sa besogne : l’annonce de la formation de la société en est la preuve. Excusez-moi, je vous prie, auprès de ces messieurs de leur laisser toute la besogne ; je ne suis pas un lâcheur, vous le savez : à mon retour, je serai exact à mon poste. Je travaille, mais quand on a cessé de faire de la marine, c’est le diable après - très difficile : cela change à tout instant et ici le temps varie plusieurs fois dans la même journée [...] ».

Au début de 1874, Monet a quitté Paris pour Le Havre, lassé par les interminables discussions au sujet de la création d’une société d’artistes souhaitant se regrouper pour exposer leurs œuvres en dehors des salons officiels. Leur première exposition aura lieu en avril chez le photographe Nadar, au boulevard des Capucines ; Monet y expose une autre vue du port du Havre qui fait scandale et donne son nom au mouvement : son célèbre Impression, soleil levant de 1872.

Pour le Bassin du Commerce, l’artiste opte pour un cadrage précis. Trois grands voiliers et le plan d’eau du bassin se détachent nettement sur un paysage d’arrière-plan laissé flou ; les immeubles bordant le quai se profilent dans la brume où percent çà et là des zones de lumière projetées par le soleil.

L’utilisation très explicite de la technique de la touche fragmentée accentue le caractère réel et vibrant du plan d’eau par rapport au « décor inanimé » de la ville.

Il est intéressant de noter que la conception de cette marine, où le ciel très présent occupe une part importante de la toile, s’inscrit dans la manière de Boudin mais sa création en 1874 ne permet pas de parler d’influence du maître, les compositions similaires de ce dernier étant plus tardives.

Repères biographiques

En 1845, Monet quitte Paris avec sa famille pour Le Havre où il rencontre Boudin vers 1858. Convaincu de ses dons, celui-ci le convertit à la peinture en plein air. L’année suivante, Monet entre à l’Académie Suisse, devient l’ami de Pissarro et découvre l’art de Delacroix et de Corot. Dans l’atelier de Gleyre, en 1863, il fait la connaissance de Renoir, Bazille et Sisley.

En 1865, il participe pour la première fois au Salon et y remporte quelque succès. Déjà, il fait preuve d’originalité, bannissant de ses paysages toute rigidité conventionnelle et traduisant avec délicatesse les mouvements de l’eau et des nuages. Il peint volontiers à Fontainebleau, dans les sous-bois, des scènes où les personnages ne sont que prétexte à rendre les jeux de lumière et la transparence.

Avec Renoir, il peint à Bougival tandis que s’opère la transformation de sa vision qui se fiera uniquement aux impressions perçues. Usant de petites touches fragmentées dans une sélection de tons purs, il recompose sur la toile le miroitement de l’eau sous les rayons du soleil, saisissant de son pinceau l’insaisissable. En 1874, son tableau Impression au Soleil levant donne aux artistes du groupe avec lequel il expose le nom d’impressionnistes.

Réfugié à Londres durant la guerre, il reçoit le soutien du marchand Durand-Ruel, présenté par Daubigny, et s’intéresse aux paysages de Turner et de Constable. Plus tard, en Hollande, il est séduit par la lumière jouant sur les champs et les canaux.

De retour en France, il s’installe à Argenteuil et y passe des heures à étudier et à peindre à bord de son bateau-atelier les variations lumineuses et les effets d’atmosphère dans tous leurs degrés d’intensité. Désireux d’aller au bout de l’analyse, il peint des séries, choisissant un même sujet pour en donner des versions différentes selon le jour, l’heure, les saisons. Il voyage beaucoup mais revient toujours à Giverny, où il s’est fixé en 1883. La chance lui sourit enfin et il obtient éloges et honneurs.

Autour de sa maison de Giverny, il aménage un jardin qui allie la terre et l’eau, source d’inspiration pour sa suite des fameux « nymphéas » à laquelle il travaille fiévreusement et qui sera le couronnement de son œuvre. Ses immenses toiles, d’une liberté audacieuse où les formes ne sont plus que des taches multicolores, transcendent le réel pour en donner une vision hallucinée et qui, avant la lettre, ont touché à l’abstraction Iyrique.

Monet, la figure de proue du mouvement impressionniste, a ouvert la voie à une nouvelle conception de l’art, au Néo-impressionnisme, à l’abstraction et aux principes de composition de l’art contemporain.