Raffaëlli

lundi 24 juillet 2006
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Jean-François Raffaëlli

Paris (F), 1850 - 1924
Le Buveur d’absinthe
1880
Huile sur papier marouflé sur bois, 50 x 32 cm
Signé en bas à gauche : J.F RAFFAELLI
Inv. AM 209/23

C’est dans les quartiers urbains et suburbains, parfois les plus déshérités de Paris et de sa banlieue, que Raffaëlli trouve les marginaux de l’industrialisation qu’il lui tient à cœur de peindre à cette époque. Ainsi s’attache-t-il à représenter ce buveur attablé, solitaire, devant son verre d’absinthe et sa carafe d’eau dans un bar à l’ambiance sordide. Son costume et son haut de forme défoncé lui confèrent encore un semblant de dignité. L’homme a l’air las et absent. La tristesse qui émane de la scène est renforcée par les tons mornes de brun et de noir utilisés par le peintre, sa « manière noire ».

Ce thème de l’absinthe - liqueur verte qui constitua un véritable fléau au XIXe siècle - sera à nouveau traité par Raffaëlli, avec les Buveurs d’absinthe en 1889, et peut être rapproché de L’Absinthe de Degas décrivant la déchéance alcoolique d’un couple.

Le même Degas intervient pour que Raffaëlli puisse participer aux cinquième et sixième expositions impressionnistes en 1880 et 1881. « Raffaëlli présente un nombre très important d’œuvres (n° 91-124) ayant pour thèmes des déclassés et des paysages de banlieue », se distinguant en cela fondamentalement des autres membres du groupe. J.K. Huysmans écrit dans L’Art Moderne : « il occupera une place à part dans l’art du siècle, celle d’une sorte de Millet parisien, celle d’un artiste imprégné de certaines mélancolies d’humanité et de nature demeurée rebelle, jusqu’à ce jour à tous les peintres ».

En 1884, il organise sa première exposition personnelle dans une boutique, au 28 bis, avenue de l’Opéra. Le catalogue mentionne au numéro 4 le Buveur d’absinthe. L’exposition remporte un franc succès et attire notamment Octave Maus qui invite le peintre au Cercle des XX à Bruxelles l’année suivante. Raffaëlli sert ensuite d’intermédiaire entre Durand-Ruel et Maus, ce dernier souhaitant exposer à Bruxelles les impressionnistes Monet et Renoir.

Il expose plusieurs fois en Belgique, aux XX comme aux Salons triennaux, et effectue diverses interven-tions et publications dans L’Art Moderne, revue critique des arts et de la littérature d’avant-garde.

Son œuvre trouvera acquéreur auprès de collectionneurs belges tels que Maus, Henri Van Cutsem et le Liégeois vivant à Paris, Eugène Dumont.

Repères biographiques

Peintre et graveur français d’origine italienne, Jean-François Raffaëlli est né à Paris en 1850. Élève de Gérôme à l’école des Beaux-Arts, Raffaëlli débute au Salon en 1870. Après s’être consacré au paysage, il cherche surtout à évoquer dans ses toiles et ses dessins des scènes de la banlieue parisienne, des intérieurs et des portraits souvent dramatiques : Georges Clémenceau dans une réunion électorale.

Admiré par Émile Zola en raison de ses préoccupations sociales, Raffaëlli est également estimé par les impressionnistes avec lesquels il expose en 1880 et 1881. Degas apprécie particulièrement ses tableaux de mœurs de la petite bourgeoisie dans le goût des romans naturalistes du temps, le Ménage sans enfants ou Conversation de retraités. « Économisant la couleur, écrit Raymond Charmet, il en arriva à une facture presque monochrome en noir et blanc, notamment dans des paysages parisiens très vivement enlevés, les Invalides, l’Avenue des Champs-Élysées. Ceux-ci furent appréciés par Utrillo à ses débuts et représentaient un art assez moderne lorsque les impressionnistes n’étaient pas encore reconnus ».