Boudin

 2006
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Eugène Boudin


Honfleur (F), 1824 - Deauville (F), 1898
Trouville, scène de plage
1884
Huile sur bois, 14 x 23,5 cm
Signé en bas à gauche : E.Boudin
Annoté et daté en bas à droite : Trouville 84
Inv. AM 148/2

« Monsieur Boudin [...] a même inventé un genre de marines qui lui appartient en propre et qui consiste à peindre avec la plage tout un beau monde exotique que la haute vie rassemble l’été dans nos Villes d’eaux. »


Ce serait sur les conseils de son marchand, Ferdinand Martin, qui y voit une possibilité d’améliorer les revenus du peintre que, dès 1860, Eugène Boudin décide de représenter la foule des citadins, la bourgeoisie parisienne sur les plages de Trouville et de Deauville. Le succès sera vite au rendez-vous : « On aime beaucoup mes petites dames sur la plage, certains prétendent qu’il y a là un filon d’or à exploiter » dira Boudin en 1863.
Cette petites scène de genre se structurent de manière identique : un grand ciel envahit la moitié du tableau tandis que la zone inférieure, la plage, est occupée par des personnages, debout ou assis, en groupes, vus de dos ou de profil ; la mer et le rivage n’interviennent qu’au second plan. Ici et là, les citadins ont déployé leur mobilier de plage, les parasols, les estivantes en robes à crinoline discutent tout en surveillant les enfants qui jouent dans le sable ; pour capter ces moments de vie, Boudin utilise une touche de pinceau d’une très grande liberté.

Ces œuvres auraient été exécutées lors d’une visite de Léopold Donnay à Trouville. « À cette époque, Boudin était en contact direct avec le collectionneur qui lui adressait même des clients. En effet, dans ses carnets de comptes, Boudin mentionne en 1885 les deux achats d’un certain ‘Michelin (par Donnay)’. Toutefois, les achats faits par le même Donnay ne sont pas mentionnés dans ces carnets. Il est possible qu’il ait acquis des œuvres de Boudin auprès de marchands, avant de faire la connaissance du peintre ; et ce dernier aurait pu alors lui offrir ces deux petites scènes de plage. »

Repères biographiques

Eugène Boudin est d’abord commis chez un imprimeur-éditeur. En 1844, le jeune homme ouvre une boutique de papeterie et d’encadrements au Havre, et il y expose les œuvres des peintres qui travaillent dans la région. C’est ainsi qu’en 1845, pendant son séjour au Havre, Millet lui donne des conseils et encourage sa vocation.

En 1850, Boudin reçoit une pension du Conseil municipal du Havre pour aller étudier la peinture pendant trois ans à Paris.

En 1857 et 1858, il travaille en Bretagne. Il en rapporte son premier tableau exposé au Salon de 1859, Le Pardon de Sainte-Anne-la-Palud, qui fut très remarqué par Baudelaire. Fin 1862, Boudin séjourne à Honfleur, à la ferme Saint-Siméon, où il rencontre Monet et Jongkind. En 1863, il se marie et s’installe à Paris. Désormais, il passe les hivers dans la capitale et les étés à Honfleur, à Trouville, à Deauville et en Bretagne.

À plusieurs reprises, Boudin délaisse les côtes normandes pour voyager à Rotterdam (1876), Dordrecht (1884), Bordeaux (1889), et plus tard sur la Côte d’Azur et à Venise (1895), renouvelant ainsi ses motifs et sa vision. Il prend part à la première exposition des impressionnistes en 1874, mais il préfére par la suite envoyer ses œuvres au Salon.

Après avoir connu des années de misère, il est peu à peu accepté par les amateurs. À partir de 1881, le marchand Paul Durand-Ruel lui achète l’ensemble de sa production ; en 1883, il organise pour le peintre une importante exposition dans sa galerie de Paris. Jusqu’à la fin de sa vie, en 1898 à Deauville, Boudin représente surtout des ports et des vues de plages, animées de baigneurs et d’estivantes en crinolines.