Permeke

 2006
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Constant Permeke


Anvers (B), 1886 - Ostende (B), 1952
Les Époux
1932
Huile sur toile, 166 x 181 cm
Signé en bas au milieu vers la gauche : Permeke / 32 et en bas au milieu : Permeke
Inv. AM 355/52

En 1932, quand il peint les Époux, Constant Permeke a atteint la pleine maîtrise de son art. Il est installé depuis quelques années à Jabbeke, village à proximité de Bruges, où une nouvelle thématique le fascine : la terre et la vie champêtre ont pris le pas sur la mer et le monde des pêcheurs. Même si le paysage occupe désormais une place importante dans son œuvre, il réalise encore bon nombre de grands portraits comme ce couple de paysans. « Ces tableaux témoignent d’une grande éloquence suggestive et d’une imagination fertile plus qu’ils ne tentent de représenter de manière directe la réalité ».

Mais sa facture tant formelle que technique est l’héritière du style expressif qu’il développe dès l’époque de Laethem-Saint-Martin, quand il y séjourne entre 1909 et 1912. La simplification des formes et le recours aux déformations pour conférer au sujet toute sa force expressive s’allient au traitement pâteux de la peinture qui n’autorise pas le rendu des détails. Les sil-houettes sont en effet esquissées au trait de couleur ; la palette se cantonne dans les tons terreux de noir, gris, brun et ocre avec comme seule note vive, la date - 32 en rouge. Ce parti pris rigoureux de deux tonalités majeures ainsi que la position des personnages dans l’espace, leur format immense confèrent au tableau une puissance particulière.

« L’œuvre de Permeke resta toujours fortement ancrée dans la vie quotidienne des gens simples. Chaque œuvre en veut être la synthèse, dans une alliance du monumental au cosmique en quête de l’essentiel ».

L’année où les Époux sont mis en dépôt par l’État au Musée des Beaux-Arts de Liège, en 1959, soit sept ans après la mort du peintre, la Province de Flandre Occidentale rachète la maison et la propriété de Jabbeke pour y ériger un musée à sa mémoire.

Repères biographiques

Fils du peintre de marines Henri Permeke, il reçoit sa première formation auprès de son père. En 1903, il étudie à l’Académie de Bruges et, dès 1906, à Gand sous la direction de Jean Delvin. Il y fait la connaissance de Frits Van Den Berghe et de Gustave De Smet.

De 1909 à 1912, il s’installe à Laethem-Saint-Martin où, en contact avec Georges Minne, Albert Servaes, il expérimente un impressionnisme teinté d’accents symbolistes ; mais, à l’instar des autres Laethémois, notamment Servaes et De Saedeleer qui recherche la synthèse du paysage et de l’homme, il s’oriente vers une plus grande expressivité.

En 1912, il retourne à Ostende et se rapproche d’Ensor et Spilliaert ; sa vision devient nettement expressionniste. Cette tendance se confirme pendant son exil en Angleterre où il peint de grands tableaux de figures : L’Étranger, 1916 (MRBAB), le Boucher, 1916 (Musée d’Ixelles), première production significative de l’Expressionnisme qu’il développera surtout après son retour à Ostende en 1919.

La révélation du Cubisme et de l’art nègre joue un rôle important dans son évolution stylistique. De 1919 à 1929, Permeke habite à Ostende ; le thème marin y est privilégié jusqu’en 1925. Le thème paysan intervient de plus en plus, à la suite des séjours fréquents que le peintre effectue à Astene (1922-24), puis à Jabbeke où il s’établit définitivement en 1929. Cette installation à Jabbeke correspond à un tournant dans la carrière de l’artiste ; si la première période a été la plus féconde sur le plan de la création, la seconde sera celle de la maturité et de la notoriété, surtout en Belgique et aux Pays-Bas. À partir de 1935-36, il s’intéresse à la sculpture et pendant la guerre, il dessine, surtout des nus, genre où il a toujours excellé.

Sa vision très puissante mais très personnelle de l’homme et de la nature, de la mer du Nord et des polders flamands lui a permis d’occuper une place prépondérante dans la peinture expressionniste flamande et d’accéder à une reconnaissance internationale. Il est présent dans les musées belges et particulièrement au Musée Permeke de Jabbeke, mais aussi au MNAM de Paris, au Stedelijk Museum d’Amsterdam, à la Tate Galley de Londres, entre autres.