Van Dongen

 2006
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Kees Van Dongen

Delfshaven, Rotterdam (NL), 1877 - Monte-Carlo (Monaco), 1968
La Violoniste
Vers 1922
Huile sur toile, 81 x 60 cm
Signé en bas au milieu : Van Dongen
Inv. AM 406/76

Déjà dans l’œuvre graphique de ses débuts, quand il commence à Paris comme illustrateur, le thème de la femme, lié au monde de la galanterie ou de la prostitution, s’impose à Van Dongen.

En 1916, il oriente sa peinture vers un style mondain qui lui apportera le succès après la guerre. Les portraits de ses modèles féminins se réduisent souvent en de longues verticales comme cette violoniste au corps exagérément élancé, moulé dans une robe à la transparence provocante, au visage dont seule la partie supérieure prend vie : le rosé de la peau, le fard sombre des yeux, le vermillon des lèvres. Le violon tranche par ses couleurs chaudes dans un parti pris général de tonalités froides de vert, bleu et blanc.

La schématisation et la stylisation cèdent le pas au raffinement et à l’élégance. Cette harmonie colorée demeure un des apports puisés par Van Dongen dans le Fauvisme français et l’Expressionnisme allemand.

Repères biographiques

D’origine hollandaise mais comptant parmi les maîtres de l’école française, Van Dongen est dans le groupe fauve un représentant isolé. Doué pour le dessin dès son jeune âge, il suit des cours d’arts décoratifs à Rotterdam puis travaille pour un journal, soulevant la critique par ses croquis scandaleux. Quant à sa peinture, elle est marquée par une certaine lourdeur et subit ensuite l’influence impressionniste.

En 1887, Van Dongen arrive à Paris sans ressource et s’installe à Montmartre, au Bateau-Lavoir. Il exerce divers métiers, dessinant, à ses moments de liberté, les badauds de la rue dans une facture allégée en remplaçant le trait dessiné par le trait coloré à la manière de Steinlen ou de Lautrec. Il illustre aussi des journaux satiriques tel « L’Assiette au beurre », se distinguant par son originalité. Il est remarqué au Salon des Indépendants de 1904. La même année, le marchand Vollard organise une exposition de ses œuvres.

En 1905, Van Dongen expose avec les fauves au Salon d’Automne, se ralliant à leur groupe. Son langage pictural va se libérer de toute contrainte, basé sur l’utilisation de la couleur comme valeur émotionnelle et expressive, d’abord par des dégradés de tons puis une palette criarde et fortement contrastée. Il aime les arabesques et ne se soucie guère de suggérer la profondeur.

S’il réussit bien ses paysages, c’est surtout dans le nu et le portrait que l’artiste va briller. Après ses voyages en Espagne et en Afrique du Nord, aux alentours de 1910-1911, la violence fauve s’assagit, laissant la place au raffinement et à des effets plus précieux.

Dès 1918, il devient le portraitiste mondain à la mode, sollicité par le Tout-Paris intellectuel, artistique ou politique qui pourtant n’est pas à l’abri de ses sarcasmes et de son sens satirique. Le succès croissant va toutefois nuire à son originalité : le peintre donne alors à la « femme du monde » une allure trop stéréotypée. Établi à Monaco, fortune faite, Van Dongen produira encore quelques paysages expressifs et des portraits plus sages.

Si Van Dongen est parfois tombé dans le piège de la facilité, on ne peut éclipser l’importance de sa personnalité en tant que coloriste audacieux et précurseur du Fauvisme.