Picasso

mercredi 26 juillet 2006
popularité : 28%

Pablo Picasso


Malaga (E), 1881 - Mougins (F), 1973
La Famille Soler
1903
Huile sur toile, 150 x 200 cm
Signé en haut à gauche : Picasso
Inv. AM 441/249
Retour

La Famille Soler appelée aussi le Portrait de la Famille Soler a été conçu par Pablo Picasso en triptyque avec le Portrait de Monsieur Soler (Musée de l’Ermitage, Saint-Pétersbourg) et celui de son épouse, le Portrait de Madame Soler (Neue Pinakotek, Munich). Il s’intitule le Déjeuner sur l’herbe de la Famille Soler dans le catalogue de la vente de Lucerne en 1939, au moment de son achat par la Ville de Liège.

En 1903, Picasso reste à Barcelone ; il ne repartira à Paris qu’en 1904, définitivement. La capitale catalane et son intelligentsia artistique, dominée par la personnalité d’Antoni Gaudí et très réceptive aux influences extérieures - l’Art Nouveau, le Symbolisme, l’Expressionnisme nordique d’un Munch ou français d’un Toulouse-Lautrec - constituent le cadre idéal à l’éclosion des œuvres de la période bleue.

À partir du milieu de 1903, Picasso se consacre à un genre plus concret : une série de portraits de ses amis, Sebastià Junyer, Ángel de Soto, Jaume Sabartes, et bien sûr de la famille Soler. Il fréquente assidûment le café Els Quatre Gats (Les quatre Chats), lieu de rencontre privilégié des artistes et écrivains catalans modernistes. Ce café se trouve près du domicile de son tailleur, M. Benet Soler (1874-1945), surnommé « retalls » (retailles, restes de tissu), ami des arts et des lettres, et chez qui l’artiste, souvent sans le sou, est convié à dîner dans l’appartement situé au Palais du baron de Rivelles, rue Puerta del Ángel.

Le peintre qui a déjà réalisé deux dessins pour Soler en 1901 entreprend l’exécution d’un grand portrait de toute la famille, Benet Soler, son épouse Montserrat, Mercè, Antoñita, Carles et Montserrat, réunis pour un pique-nique au retour de la chasse, partie centrale d’un triptyque, comprenant le portrait du tailleur, à droite, et celui de Mme Soler, à gauche, tous réalisés en 1903. Ces œuvres sont donc de pure commande, monnaie d’échange pour les costumes confectionnés par le tailleur.

Picasso ne fit jamais poser les Soler à l’atelier, choisissant de s’inspirer d’une photographie de studio représentant toute la famille, avec leur chien. Si ce parti-pris photographique peut être en partie rendu responsable de l’atmosphère figée de la composition, bien étrangère à l’esprit des autres œuvres de la période bleue, il a certainement induit l’arrière-plan uniformément bleu voulu par le peintre, comme pour s’en tenir à la toile de fond neutre de studio.

Ce choix d’arrière-plan sur lequel Picasso ne voulut jamais revenir créa la première polémique autour du tableau : Soler, déçu, parlementa et obtint finalement l’autorisation de faire réaliser un paysage boisé par Sebastia Junyer Vidal. Cette version de l’œuvre nous est connue par une seule photo d’archives. Le cliché, par son aspect de reconstitution factice en studio et le positionnement des parents Soler, ne pourrait-il aussi avoir éveillé l’intérêt de Picasso pour la mise en scène de ce qui peut être considéré comme sa première version d’un déjeuner sur l’herbe, en référence explicite au célèbre Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet ? Picasso montre la Famille Soler réunie pour un pique-nique, mais contrairement à son modèle, il le situe après une partie de chasse, comme l’indique clairement le fusil, la gibecière sur la droite ainsi que le lièvre mort au premier plan.

Selon la plupart des sources, le tableau reste la propriété de Soler jusqu’à l’époque, peu avant 1913, où il l’aurait vendu au marchand parisien de Picasso, Daniel-Henri Kahnweiler. C’est alors que le peintre aurait exigé de retravailler le fond. Il tenta tout d’abord des essais de composition cubiste, proches de ses préoccupations du moment, qui se devinent nettement dans le grand aplat au-dessus à droite de la tête de Mme Soler. Mais il ne semble pas pousser plus avant l’expérience, et revient à « son idée d’origine d’un fond neutre » , d’un bleu qui serait moins foncé, plus chargé en vert émeraude que le premier.

Le Portrait de la Famille Soler fut alors acquis par le Walraff Richartz Museum de Cologne qui le conserva jusque 1937, quand il fut confisqué par le régime nazi. Proposé aux enchères à la galerie Théodor Fischer de Lucerne le 30 juin 1939 lors de la « Vente de tableaux et de sculptures de maîtres modernes provenant des musées allemands », il fut acquis par les délégués de la Ville de Liège pour la somme de 36 000 FS (alors que son estimation mon-tait à 63 000 FS), soit 238 320 BEF de l’époque.

Repères biographiques

Pablo Ruiz Picasso commence à peindre dès 1888-1889 sous la direction de son père, José Ruiz Blasco, peintre et professeur de dessin. En 1895, sa famille s’étant établie à Barcelone, il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts et fait son premier voyage à Madrid où il découvre Velasquez et Goya au Prado.

À Barcelone, il fréquente les artistes et les inte-lectuels au cabaret « Els Quatre Gats » (Les quatre Chats) et découvre les grandes tendances de l’art moderne : l’Art Nouveau, le Symbolisme, l’Expressionnisme, et Toulouse-Lautrec en particulier. En 1900, il effectue son premier voyage à Paris, à l’occasion de l’Exposition Universelle ; de retour en Catalogne, il réalise les compositions presque monochromes de sa période « bleue » (1901-1904) aux sujets désenchantés liés à la misère et à la solitude humaine.

La période suivante appelée « rose » (1904-1906) s’attachera aux thèmes du cirque et des saltimbanques. Picasso s’établit définitivement à Paris dans un atelier du Bateau-Lavoir et rencontre Apollinaire, Gertrude Stein, Matisse, Derain, et son marchand Daniel-Henri Kahnweiler.

Les années 1906 et 1907 apportent à Picasso la découverte de l’art nègre qui, conjugué avec la leçon de Cézanne, donne naissance aux Demoiselles d’Avignon. Commence alors l’époque des expériences du Cubisme analytique, avec Georges Braque et Juan Gris. En 1912, il réalise ses premières sculptures en tôle et fil de fer et ses premiers collages. Ces derniers le conduisent au Cubisme synthétique.

Pendant les années de guerre, il revient progressivement à une figuration plus classique, en alternance avec ses recherches cubistes. En 1917, il réalise les décors de la Parade d’Erik Satie pour les ballets de Serge Diaghilev, début d’une longue collaboration, et est alors introduit dans la « grande » Société.

Après 1920, il traite dans un style néo-classique des grandes compositions sur les thèmes de la Maternité et participe à la première exposition surréaliste en 1925. Il revient à la sculpture et réalise différents cycles d’eaux-fortes tandis qu’il continue à produire abondamment en peinture.

En 1932, sa première rétrospective est organisée à la galerie Georges Petit à Paris. Il crée une peinture murale immense destinée au Pavillon espagnol de l’Exposition de Paris de 1937 : Guernica qui sera exposée à la grande rétrospective qui lui est consacrée au MOMA de New York deux ans après.

Picasso offre de nombreux tableaux au Musée d’Antibes qui bientôt s’appelle Musée Picasso. Il réalise des œuvres en céramique tout en s’adonnant diversement à la peinture, la sculpture, la gravure dans une production d’une richesse inventive hors du commun jusqu’à la fin de sa vie en 1973.