Pascin

mardi 25 juillet 2006
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Jules Pascin

Viddin (Bulgarie), 1885 - Paris (F), 1930
Le Déjeuner
1923
Huile sur toile, 81 x 65 cm
Signé en haut à droite : pascin
Inv. AM 465/147

Bien que communément rattaché à l’école de Paris, Jules Pascin n’en demeure pas moins un artiste difficilement classable dans un mouvement. Il reste un individualiste peu sensible aux influences extérieures.

Le Déjeuner date de 1923, époque où l’artiste adopte sa manière dite « nacrée » ; il utilise des couleurs pastels gris, ocres, roses, en harmonie de demi-tons et aucun empâtement n’en altère la transparence. Mais toujours il revient aux mêmes thèmes : le monde des filles et des prostituées qu’il fréquente beaucoup.

Ici une jeune femme, le regard dans le vague, est accoudée à la table du déjeuner ou même affalée dans une attitude de laisser-aller boudeur.
Les traits du dessin, incisifs et souples, contre-disent par leur énergie l’atmosphère fade et trouble de la scène. « Si le talent du dessinateur fut reconnu dès ses débuts et jamais mis en doute, on a souvent reproché au peintre d’être prisonnier du trait, de manquer de matière, de densité, d’abuser de la transparence et des glacis. »

« Une peinture trop fluide a fini par dissoudre le souvenir d’une personnalité hors du commun, d’un dessinateur prolixe, puissant au trait nerveux, incisif, précis, d’un peintre à la recherche d’un nouveau mode d’expression, trop impulsif, trop brouillon, trop hésitant sans doute, pour la faire aboutir.

Pascin oscille sans cesse entre la virtuosité, la séduction, le paraître, un équilibre auquel il aspire désespérément et sa nature anxieuse, tourmentée, insatisfaite, en proie au doute permanent sinon au désespoir ».

Deux tableaux de l’artiste furent mis en vente à Lucerne, celui de Liège et Femme assise de 1908 qui sera acheté par les Musées royaux des Beaux-Arts d’Anvers.

Repères biographiques

Né le 31 mars 1885 en Bulgarie, fils d’un Juif espagnol et d’une Italienne, Pascin vit à Vienne, Berlin et Munich, avant de venir s’installer à Paris en 1905.

Sa collaboration régulière au périodique allemand Simplicissimus l’a rendu célèbre : dès son arrivée à Montparnasse, Pascin est accueilli à bras ouverts par les milieux artistiques et il collabore à plusieurs publications parisiennes.

En 1907, il se lie avec Hermine David, peintre de talent, qu’il épouse dix ans plus tard. Pendant la guerre de 1914, Pascin doit quitter Paris en raison de sa nationalité bulgare, et il se rend aux États-Unis d’Amérique, où il prend la nationalité américaine. Fixé à New York, il voyage beaucoup, rapportant des dessins et des aquarelles de Cuba, du Texas, de Floride, et de Caroline du Sud.

En 1920, Pascin revient à Paris, et retrouve Lucie Krogh, femme du peintre norvégien Per Krogh, qui devient sa maîtresse. À cette époque, Pascin se met avec passion à la gravure et vient demander conseil à Jean-Gabriel Daragnès, qui lui apprend le métier. Rongé par l’alcool, partagé dans ses affections, fréquentant avec assiduité les maisons closes où il couvre ses carnets de dessins voluptueux et nostalgiques, parfois érotiques, presque toujours d’une indicible tristesse, Pascin en vient à perdre l’équilibre. Le 2 juin 1930, le jour même du vernissage de son exposition à la Galerie Georges Petit qui devait lui amener de nouveaux succès, il se suicide.