Laurencin

mardi 25 juillet 2006
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Marie Laurencin

Paris (F), 1885 - 1956
Portrait de jeune fille
1924
Huile sur toile, 65 x 54 cm
Signé en haut à droite : Marie Laurencin
Inv. AM 409/158

L’univers féminin a toujours fasciné Marie Laurencin ; ce trait dominant de son tempérament a profondément marqué son œuvre. « La meilleure formule jamais employée, semble-t-il, encore que peu nuancée dans sa brièveté, me paraît celle de François Mathey : ‘Femme Peintre’ (1951), que l’artiste elle-même ne refusait pas, s’étant attachée toute sa vie à peindre la femme, telle que, femme elle-même, elle voulait la dépeindre ».

En 1907, elle devient « l’égérie du Bateau Lavoir » après sa rencontre avec Picasso et ses amis parmi lesquels le poète Guillaume Apollinaire, qui pendant leur liaison orageuse l’introduit dans le milieu artistique et littéraire parisien. Cette ouverture lui fait prendre conscience de la forme picturale vers laquelle elle évoluera.

Si, durant toutes ces années, son travail est influencé par le Cubisme de Picasso et par les arts primitifs, elle s’en est dégagée dans les œuvres qu’elle réalise après la guerre comme dans ce Portrait de jeune fille. La figure se détache sur un fond neutre, sans aucune profondeur d’espace et la palette adopte des nuances subtiles de camaïeux gris, bleu et rose.

Marie Laurencin devient alors le portraitiste mondain de l’intelligentsia, à la fois cultivée et décadente, et développe une œuvre de plus en plus sophistiquée. Elle a été cependant la seule femme peintre à connaître le succès avant 1914 ; en effet, dès 1913, elle travaille sous contrat avec deux galeristes importants en Europe, Paul Rosenberg à Paris et Alfred Flechtheim à Berlin et Düsseldorf. C’est à ce dernier que le Musée d’Ulm acquit le Portrait de jeune fille en 1925.

Repères biographiques

Marie Laurencin suit des cours de peinture sur porcelaine (1902) puis des cours à l’Académie Humbert (1904) et réalise ses premiers portraits. Sa liaison avec Guillaume Apollinaire de 1907 à 1912 est déterminante ; le poète, très épris d’elle, l’introduit dans le milieu artistique et littéraire parisien et en particulier dans « la bande à Picasso ». Mais elle y est marginale, développant un style où la composition conventionnelle est pendant quelques années influencée par le Cubisme de l’époque nègre de Picasso et par le douanier Rousseau.

En 1913, Apollinaire la situe dans Les Peintres cubistes entre Picasso et le douanier mais elle admettra elle-même ne pas y avoir sa place. La même année, elle épouse le peintre, et surtout dilettante, allemand Otto von Wätjen et signe ses premiers contrats avec la Galerie de Paul Rosenberg à Paris et d’Alfred Flechtheim à Düsseldorf.

De nationalité allemande par son mariage, Marie Laurencin est forcée à l’exil en Espagne pendant la guerre 14 -18. En 1920, le couple von Wätjen s’installe à Düsseldorf mais elle en repart bientôt seule et s’établit définitivement à Paris au printemps 1921.

Paul Rosenberg lui organise sa première exposition personnelle. En 1924, elle crée les décors et costumes du ballet Les Biches de Serge Diaghilev et Les Roses d’Henri Sauguet ; elle renouvelle l’expérience en 1928 avec les décors et costumes de À quoi rêvent les jeunes filles d’Alfred de Musset.

Laurencin connaît le succès mais son style devient de plus en plus sophistiqué. En 1925, rentre à son service Suzanne Moreau qui, après trente ans de vie commune, devient sa fille adoptive et dont la jalousie possessive contribuera, au décès de l’artiste, à faire tomber son œuvre dans l’oubli.