Marc

mardi 25 juillet 2006
popularité : 14%

Franz Marc


Munich (D), 1880 - Verdun (F), 1916
Chevaux au pâturage
1910
Tempera sur papier collé sur carton, 61,5 x 82 cm
Signé en bas à droite : F. Marc
Inv. AM 405/159

C’est sous ce titre Chevaux au pâturage (Pferde auf der Weide) que le tableau apparaît au catalogue de la vente de Lucerne en 1939 quand le musée de Liège en décida l’acquisition. En effet, l’œuvre d’un des plus grands peintres allemands, mort au front en 1916, avait été retirée de la collection de la Kunst-halle de Hambourg en 1937, sur ordre des nazis.

« Quand l’exposition ‘Entartete Kunst’ [Art dégénéré] ouvrit à Munich, contenant cinq œuvres de Marc, une lettre de protestation fut immédiatement envoyée par la fédération des officiers allemands [Deutscher Offizierbund] à l’assemblée du Reich pour les arts visuels, étonnés qu’un officier, décoré et mort pour son pays, fasse l’objet d’une telle disgrâce ».

Il n’en demeurait pas moins que, en 1910, année où il crée ces Chevaux au pâturage, Marc prend position, avec Kandinsky notamment, en organisant « la Lutte pour l’art » : plaidoyer de 75 conservateurs, artistes, écrivains et collectionneurs contre la « Protestation des artistes allemands ». Ce manifeste protectionniste signé par 134 peintres et critiques attaquait violemment la politique d’achat des musées allemands accusés de favoriser l’art français. « Un peuple ne peut atteindre de très hauts sommets qu’au travers les artistes de sa propre chair et de son propre sang » Carl VINNEN, Ein Protest Deutscher Kunstler.

Le thème de l’animal et plus particulièrement du cheval intéresse Franz Marc depuis 1906, conforté dans ce sens par son amitié avec l’animalier suisse Jean Nietslé. Il s’est exprimé clairement à ce sujet : « Je recherche une communion panthéiste avec la vibration et le flux du sang de la nature, dans les arbres, dans les animaux, dans l’air [...] ; je ne vois pas de meilleur médium pour l’animalisation de l’art, comme je voudrais l’appeler, que la peinture de l’animal.

Les Chevaux au pâturage traduisent cette recherche d’harmonie entre l’animal et la nature, équilibre entre les tonalités de bleu et de vert qui baignent la composition ; les chevaux paissent tranquillement devant des buissons, vision idéalisée que renforce le traitement plus abstrait de l’arrière-plan. Ce monde symbolique d’une Arcadie rêvée exprime encore une grande admiration pour Gauguin.


Repères biographiques

Marc grandit dans un milieu d’artistes, son père lui-même est peintre. Inscrit en philosophie à l’université, il se dirige en 1900 vers l’Académie des Beaux-Arts de Munich et rejoint le « Jugendstil ». Ses portraits et ses paysages, quoique bien construits, restent assez sombres et linéaires.

En 1903, il visite Paris, et la Bretagne d’où il rapporte des esquisses impressionnistes. Puis il travaille à Munich et se lie avec le peintre animalier Niestlé. Lors d’un voyage à Paris, il subit l’influence de Van Gogh : sa touche s’affermit, la toile s’anime et s’éclaircit. En 1910, Marc expose à la « Moderne Kunst-handlung » de Brakl. Il accepte la proposition de l’éditeur R. Piper de collaborer à L’animal dans l’art. En effet, l’animal devient son thème favori, représenté dans son cadre naturel. Le collectionneur berlinois Bernard Koehler lui achète ses premières toiles.

En 1911, il adhère au groupe « Neue Kunstler-vereinigung München » et se lie avec August Macke et Kandinsky. À la fin de l’année, il quitte le groupe et participe activement à la fondation du « Blaue Reiter ». Jusqu’à son départ à la guerre, il va produire le meilleur de lui-même. Les animaux, dont il a une profonde connaissance, vont apparaître dans une gamme chromatique intense, à valeur symbolique, au milieu de paysages à la composition rythmée. Marc utilise les lignes de force obliques, chères aux futuristes, pour établir la construction.

La plupart de ces œuvres inspirent un sentiment panthéiste de la nature, un des seuls refuges pour l’homme écrasé par sa vie en société. En 1912, il se rend avec Macke à Paris et y rencontre notamment Delaunay qui va influencer, de façon décisive, en 1913, ses recherches sur la transparence. Formes et couleurs vont alors s’interpénétrer, gardant toute-fois leur identité. L’année suivante, celle de son engagement comme volontaire à la guerre, il glisse vers l’abstraction lyrique qui conserve encore cer-taines attaches avec la réalité.

Marc meurt à Verdun en 1916, laissant une dernière œuvre, son journal de guerre où reviennent ses thèmes animaliers, témoin d’un esprit angoissé et de sa vision tragico-fantastique du monde. Certes le plus lié à la figuration parmi les artistes du « Blaue Reiter », il s’est montré le plus ouvert aux éléments de base des différents mouvements d’avant-garde.