Ensor

lundi 24 juillet 2006
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James Ensor

Ostende (B), 1860 - 1949
La Mort et les Masques
1897
Huile sur toile, 79 x 100 cm
Signé et daté en bas à droite : J. Ensor / 97
Inv. AM 529/128

La Mort, squelette vêtu de blanc, personnage central de cette œuvre, est cernée de près par sept masques. Elle tient à la main une bougie dont la flamme, symbole de vie, s’élance, vacillante.

Les personnages masqués qui l’entourent de manière inquiétante, comme dans d’autres versions de la Mort et les Masques ou encore l’Intrigue de 1890, s’approprient à la fois les masques du carnaval d’Ostende et du Théâtre chinois : « le Lou noir à grande bouche rouge ; le Fourbe, longue figure rectangulaire aux traits marqués affichant un rictus de mauvaise augure, l’enfariné, [...]. »

La boutique à souvenirs que tient la famille du peintre à Ostende lui en fournit de toutes sortes. Ce thème fondamental et obsessionnel du masque et de son corollaire, le squelette, apparaît dès 1883 et occupera une place essentielle dans l’œuvre d’Ensor. Au-dessus de la scène principale, deux faucheuses volent à la poursuite d’une montgolfière dont le pilote jette du lest pour échapper à ses assaillantes.

La grande particularité de ce tableau réside dans la manière dont Ensor a réparti les tons dominants des couleurs élémentaires : rouge, bleu et blanc. L’importante zone rouge du coin inférieur gauche correspond à la corolle rouge du chapeau à droite ; le vêtement bleu de ce même personnage trouve écho dans le ciel en haut à gauche.

La figure centrale blanche de la Mort, nimbée d’un nuage aussi blanc, crée une rupture dans ces diagonales chromatiques.

Selon Catherine de Croës, « James Ensor s’inspire, ici, directement du poème de Paul Verlaine ‘Pierrot’ et trace un parallèle entre peinture et théâtre. Ensor est spectateur et acteur. Pierrot, héros du poème et de la pantomime de la Commedia dell’Arte, vêtu de blanc, le visage enfariné qu’Ensor s’est plu à mettre en scène dans de nombreuses œuvres telles le Jardin d’amour, 1888, Théatre des masques, 1889, Mascarade, 1891, Pierrot et squelette en jaune, 1893, l’Arrestation de Pierrot, 1900, Pierrot et squelettes, 1905, est ici squelettisé et, comme dit le poète, sa gaieté comme sa chandelle, hélas, est morte. Et son spectre aujourd’hui nous hante, mince et clair. »

Repères biographiques

De père anglais et de mère flamande, James Ensor s’exprime habituellement en français. Fidèle à sa ville natale jusqu’à la fin de sa vie, il deviendra le peintre de la transition entre le XIXe et le XXe siècle. Le jeune Ensor, qui manifeste tôt des dons pour le dessin et la peinture, occupe la plupart de ses loisirs dans la boutique de souvenirs de sa grand-mère, véritable caverne aux trésors mystérieux où se côtoient coquillages, masques, objets saugrenus et chinoiseries diverses.

Après un passage à l’Académie de Bruxelles de 1877 à 1880 où il bénéficie des conseils de son directeur Jean Portaels, Ensor réalise à ses débuts une peinture d’inspiration impressionniste. Ses premières compositions, faites de pâte épaisse et sombre, témoignent déjà d’une grande liberté picturale. Plus tard, sa manière évolue vers une peinture plus claire et plus franche que l’on peut rapprocher des Fauves. Ses premières œuvres - le Lampiste, 1880 ; le Chou, 1880 ; la Musique russe, 1881 - sont des peintures à caractère réaliste et d’atmosphère psychologique où règne souvent un mystère certain.

En 1883, à 23 ans, Ensor participe à la création du groupe Les XX. S’il se heurte à l’hostilité de la critique et au refus de présenter ses œuvres dans les Salons, notamment celui de Bruxelles en 1894, il trouve des défenseurs parmi des écrivains, tels Maurice Maeterlinck et Émile Verhaeren (qui signe en 1908 la première étude complète consacrée à l’artiste).

Dès 1885, James Ensor perfectionne sa technique, sa palette s’éclaircit, il abandonne ses effets de couteau et conçoit toute une série de nouveaux thèmes : les squelettes, les carnavals et les scènes de la vie du Christ dont la célèbre Entrée du Christ à Bruxelles de 1888, refusée à l’exposition des XX. « Sous ses pinceaux, sous son crayon et sa pointe à graver, l’humain devient un grotesque, plus proche des masques qu’il peint avec un visible plaisir que d’un être capable de souffrance et d’amour » dit Roger Avermaete.

À partir de 1886, parallèlement à la peinture, Ensor s’initie à la technique de la gravure.

Les années 1890 voient apparaître ses farces satiriques et parfois scatologiques : Peste dessous, Peste dessus, Peste partout daté de 1904. Il continue, par ailleurs, à peindre tout au long de sa carrière des natures mortes, des paysages et des marines.

Ce n’est qu’après la Première Guerre mondiale que son œuvre appréciée à sa juste valeur sera présentée dans toute une série d’hommages rétrospectifs à Bruxelles, Anvers, au Musée du Jeu de Paume à Paris. Il est fait baron en 1929. L’artiste, dont la devise durant les années de combat était « Les suffisances matamoresques appellent la finale crevaison grenouillère », accepte complaisamment la célébrité.

Personnage supérieurement doué, James Ensor a également laissé un nombre impressionnant d’écrits au style pittoresque et truculent, et s’est adonné toute sa vie à la musique.