Chagall

lundi 24 juillet 2006
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Marc Chagall


Vitebsk (Russie), 1887 - Saint-Paul-de-Vence (F), 1985
La Maison bleue
1920
Huile sur toile, 66 x 97 cm
Signé et daté, en bas à droite : M. Chagall 1920 (en cyrillique)
Inv. AM 402/157

L’isba d’un bleu lumineux à l’avant-plan du tableau capte le regard comme pour ensuite mieux l’attirer vers les belles maisons et les monuments de Vitebsk qui se reflètent dans la Dvina et surplombent un paisible paysage de campagne.

C’est dans cette ville de la province biélorusse que Marc Chagall est né en 1887 ; sa famille appartient à l’importante communauté juive vivant dans un quartier réservé, le « shtetl », où bon nombre de maisons sont alors construites en rondins, parfois colorés.

La palissade de bois court devant la ville, çà et là paissent des cochons ; un personnage indéfini se profile dans l’entrée de la maison, de la cheminée de laquelle s’échappe le « fantôme » d’un coq : autant de témoins significatifs du monde de son enfance, récurrents dans tout son œuvre.

Lorsque Chagall peint la Maison bleue en 1920, il a 33 ans et a maintenant développé un style personnel qui a absorbé et interprété les grands mouve-ments artistiques de son temps tel le Cubisme qu’il a expérimenté à Paris entre 1910 et 1914. Ainsi un Cubisme assagi règle l’agencement des rondins de l’isba comme certains plans du paysage.

En 1920, Chagall se trouve à un tournant décisif de sa vie. Après avoir participé activement au processus révolutionnaire de la Russie - commissaire des Beaux-Arts pour le gouvernement de Vitebsk, il crée à la fois une académie, un musée et rêve de rendre l’art accessible à tous -, il se heurte à l’incompréhension des autorités politiques comme à l’opposition des artistes suprématistes face à ses conceptions artistiques. L’artiste prend alors la décision de quitter la Russie à laquelle il est profondément attaché et de s’exiler en France.

Vitebsk, jusqu’alors image de la ville réelle, devient celle du souvenir qui nourrira son imaginaire tout au long de sa vie. « Par la magie colorée de Chagall, l’étrange isba bleue nonchalamment appuyée sur une ‘béquille’ de bonne brique ‘comme dans la vie réelle’ devient une convive distante au festin quotidien du soleil et de la lumière, un logis déserté, un corps privé d’âme et transformé de ce fait en spectre luminescent qui attire le regard et serre le cœur ».

Repères biographiques

Né en Biélorussie, Chagall est profondément marqué par les coutumes et les traditions juives. De 1907 à 1910, le jeune homme suit les cours de l’École impériale des Beaux-Arts de Saint-Pétersbourg. Il rencontre Léon Bakst, qui lui révéle l’œuvre de Cézanne et de Gauguin et l’initie aux tendances nouvelles de l’art français.

En 1910, Chagall séjourne à Paris et s’installe à la Ruche, cité d’artistes, où il rencontre de nombreux peintres et poètes.

Après une exposition personnelle à Berlin, en 1914, Chagall se rend en Russie pour y épouser Bella Rosenfeld. Surpris par la guerre et la Révolution, il devra y demeurer huit ans. Il est nommé commissaire des Beaux-Arts à Vitebsk où il fonde une académie « libre » que Malévitch et ses partisans transforment en académie « suprématiste ». Chagall démissionne et part à Moscou.

De retour à Paris, en 1922, Chagall se lie avec Vollard, qui lui commande notamment des illustrations pour les Âmes mortes de Gogol et l’illustration de la Bible. En 1931, il voyage avec sa femme et sa fille en Palestine. Le régime nazi fait décrocher tous ses tableaux des musées d’Allemagne et les expose avec « l’art dégénéré ».

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Chagall se réfugie avec toutes ses œuvres aux États-Unis. Bella meurt brusquement en 1944. En 1947, Chagall revient en France, où il partage son temps entre Paris et Vence. Il épouse Vava Brodsky en 1952.

En plus d’une œuvre picturale abondante, il réalise les décors et costumes de nombreux ballets, des peintures murales, le plafond de l’Opéra de Paris, des vitraux, alors que se multiplient les expositions qui lui sont consacrées. Il meurt à 98 ans.