Valadon

mardi 25 juillet 2006
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Suzanne Valadon


Bessines-sur-Gartempe (F), 1865 - Paris (F), 1938
Nature morte aux fleurs et fruits
1930
Huile sur toile, 73 x 60 cm
Signé et daté en bas à gauche : suzanne Valadon / 1930
Inv. AM 407/156

Dans sa maturité, Suzanne Valadon s’intéresse à des thèmes familiers et simples, des natures mortes telles que celle-ci, aux fleurs et fruits, datant de 1930. Des dahlias roses s’épanouissent dans une cruche pansue sur une table ronde des plus sobres, un panier de fraises et une poignée de cerises jetée sur la nappe complètent l’ensemble.

La même année, elle réalise plusieurs bouquets de fleurs présentés dans le même cruchon en grès qu’elle peint sous un angle chaque fois différent, variant ainsi les motifs comme les fleurs, toujours dans des gammes de rouge et de rose.

Pour plus traditionnelle et classique qu’elle soit, cette composition se revendique du seul maître que l’artiste se soit reconnu : Paul Gauguin. Le choix des couleurs, des teintes plates et cernées, rappellent en effet ce dernier et les Nabis.

Cette nature morte riche d’un éclat lumineux rare sera acquise par le musée de Liège au Salon des XXVI lettres de l’Alphabet en 1938, année du décès de Suzanne Valadon.

Celle qui, dans sa jeunesse, est le modèle adulé de plusieurs peintres - Puvis de Chavannes, Renoir et Toulouse-Lautrec, qui le premier décèle son talent de dessinatrice et la met en relation avec Degas -, dut se battre toute sa vie pour une reconnaissance de son art. Trop souvent associée à son fils Maurice Utrillo qu’elle a soutenu avec acharnement, son œuvre fut reléguée au second plan. « Mais contrairement à sa cadette régnant sur l’intelligentsia parisienne des années folles, la discrète et poétique Marie Laurencin aux amours sibyllines, Suzanne Valadon est une pionnière de la fin du 19e siècle, ayant dû se battre pour exister dans un environnement violem-ment hostile ».

Repères biographiques

Suzanne Valadon grandit sur la Butte Montmartre, où elle travaille dans un atelier de couture. Elle devient ensuite acrobate, mais doit délaisser le cirque à la suite d’un accident de trapèze. Modèle de Puvis de Chavannes et de Renoir, elle dessine déjà lorsqu’elle pose pour Lautrec, son voisin de Montmartre, qui l’appelle « la terrible Maria ». Mère de Maurice Utrillo, femme d’André Utter, qu’elle épouse en seconde noce en 1909, Suzanne Valadon exerçe une influence considérable sur les œuvres de son fils et de son jeune mari.

« Suzanne Valadon, écrit Bernard Dorival, se rattache à Toulouse-Lautrec, aux Nabis et à Gauguin, sinon par ses sujets résolument naturalistes, du moins par son métier : dessin solide, teintes plates, cernes, compositions aux arabesques harmonieuses, recherche du décor jointe à celle de l’expression ; et l’expression est particulièrement savoureuse chez cette femme si « peuple », dont la peinture est à la fois intellectuelle et pleine d’émotion, volontaire et sensible sans aucune sentimentalité, et savante enfin d’une science qui paraît ingénue, celle-là même qui passa dans l’art de son fils Utrillo ».