Marquet

lundi 24 juillet 2006
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Albert Marquet

Bordeaux (F), 1875 - Paris (F), 1947
Le Quai du Havre
1934
Huile sur toile, 65 x 81 cm
Signé en bas à gauche : marquet
Inv. AM 395/146

Quarante-huit heures après leur retour d’un long périple en Russie au cours de l’été 1934, Albert Marquet et son épouse Marcelle repartent pour le Havre, le 14 septembre. « Quand Marquet était resté quelques temps sans peindre, il se sentait perdu, hors de son monde », écrira Marcelle Marquet. Le couple demeurera trois semaines dans cette ville que le peintre connaît bien pour y avoir séjourné longuement avec Dufy en 1906. Il trouve rapidement à se loger à l’Hôtel Continental dans une chambre avec une vue plongeante sur le port, comme Marquet les affectionne.

De cette fenêtre, il peint, en observateur subtil, le spectacle de la vie du port : les passants déambulent sur le quai, les trams passent, quelques bateaux sont accostés et dans le lointain, les grues, les mâts, les cheminées complètent l’animation portuaire.

« Ses compositions relèvent alors d’un ordonnancement de lignes horizontales, verticales ou obliques - d’où la courbe est absente - que l’eau, devenant élément unitaire de la composition, relie entre elles. »

Marquet affirme son originalité dans le choix des tonalités en demi-teintes qu’il adopte très tôt ; il est plus en accord avec lui-même dans un registre austère comme ces harmonies de bleus et de rose que seules quelques touches plus vives viennent contredire.

Il existe une autre version de ce paysage, les Quais, Port du Havre, de mêmes dimensions, appartenant à une collection privée de Paris. Seul le cadrage général est un peu modifié, le peintre ayant agrandi le champ du tableau vers la droite, le quatrième quai du Bassin est partiellement dessiné.

Repères biographiques

En 1890, Albert Marquet vient s’installer à Paris avec sa famille et entre à l’école des Arts décoratifs où il se lie avec Henri Matisse ; ils deviennent tous deux élèves de Gustave Moreau à l’École des Beaux-Arts. Sur les conseils de ce dernier, ils vont copier les anciens au Louvre mais ils ont la révélation des impressionnistes, Cézanne, Van Gogh, Seurat chez Durand-Ruel.

Fauve de la première heure, Marquet peint, dès 1897, à Arcueil et au Jardin du Luxembourg des paysages aux couleurs pures et intenses. Il restera fidèle à cette conception jusqu’en 1906, avec une modération bien caractéristique de son tempérament. En 1900, il est admis au Salon de la Société nationale des Beaux-Arts, au Salon des Indépendants à partir de 1901, au Salon d’Automne en 1903 et en 1905 dans la salle des Fauves. La même année, il signe un contrat avec la galerie Druet.

S’il voyage dans toute l’Europe et en Afrique du Nord, peignant le spectacle sans cesse changeant des grands ports - Marseille, Le Havre, Naples, Hambourg, Constantinople, Rotterdam, Alger -, c’est peut-être à Paris, sur les bords de la Seine, que Marquet aima finalement le mieux vivre. La Cité, Notre-Dame, les quais et le Pont-Neuf l’enchantèrent jusqu’à ses derniers moments le 14 juin 1947.