Friesz

lundi 24 juillet 2006
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Émile-Othon Friesz


Le Havre (F), 1879 - Paris (F), 1949
Le Port d’Anvers
1906
Huile sur toile, 54 x 65 cm
Signé et daté en bas à gauche : E. Othon Friesz / 06
Au dos : Le Port d’Anvers EOF 1906
Inv. AM 471/166

L’été 1906, Friesz est à Anvers avec son ami Georges Braque, contrairement à la plupart des autres artistes, attirés par le Midi et sa lumière éclatante. Déjà en 1905, il a visité pendant l’été le port belge dont il a réalisé plusieurs dessins. Friesz a rencontré Braque quelques années plus tôt dans sa ville natale du Havre, à l’école des Beaux-Arts où il a suivi les cours de Lhuillier, tout comme Raoul Dufy. Ils poursuivront leur formation tous les trois à Paris.

Si les débuts de Friesz sont influencés par l’art impressionniste, en particulier Pissarro et Guillaumin, dès 1905, sa découverte d’une autre peinture le fait évoluer vers le Fauvisme. Louis Vauxcelles dira : « Othon Friesz s’enrôle délibérément sous la bannière de Matisse et de Manguin. Il élargit sa manière et illu-mine sa toile de tons ardents : qu’il conserve ses qualités de dessin nerveux et constructeur. Et nous nous réjouirons d’un jeune artiste qui cherche et qui se classera. » « De 1905 à 1907, Friesz fut un Fauve parmi les Fauves, préoccupé essentiellement d’orches-trations colorées tout en marquant un penchant pour les vastes paysages, les motifs grandioses, les rythmes amples. ».

Friesz et Braque réalisent de nombreuses vues du port qui parfois présentent de telles similitudes qu’il pourrait y avoir confusion si les tableaux n’étaient signés. Ils ont loué une terrasse au Kursaal pour pouvoir peindre les mouvements du port et des bateaux. Friesz représente les bateaux qui remontent l’estuaire de l’Escaut, avec à l’horizon la rive droite du fleuve, les cheminées fumantes des usines, sous un ciel nuageux.

L’angle de vue du tableau du musée de Liège se retrouve ainsi dans d’autres toiles mais l’éclairage différent laisse supposer d’autres heures de la journée et quelques détails les différencient. Le peintre a choisi une construction en trois parties aux horizontales très marquées avec, à l’avant-plan, la balustrade en arabesques très présente de la terrasse. Il utilise la couleur en touches légères ou posée en aplats avec une certaine liberté, dans des harmonies de tons clairs (rose, vert, blanc), la toile laissée vierge à certains endroits accentuant cette impression de clarté.

Repères biographiques

Othon Friesz suit les cours de l’École des Beaux-Arts du Havre de 1894 à 1897. Il a pour professeur Lhuillier, comme ses camarades Raoul Dufy et Georges Braque.

En 1897, il obtient une bourse d’étude pour Paris, où il est admis aux Beaux-Arts dans l’atelier de Bonnat. Dufy l’y rejoint et, ensemble, ils exécutent des copies au Louvre et se passionnent pour l’art des impressionnistes qu’ils ont l’occasion de voir à la galerie Durand-Ruel. Aux Beaux-Arts, ils font la connaissance de Matisse, Rouault, Marquet, alors que Derain et Vlaminck travaillent à Chatou.

Friesz passe progressivement de l’Impressionnisme au Fauvisme, puis évoluera vers une manière plus construite, inspirée par Cézanne. Ensuite, il modère sa couleur et devient de plus en plus classique. Son œuvre est diversifiée : grandes compositions, portraits, paysages, natures mortes.

De 1911 à 1938, Friesz voyage successivement au Portugal, en Belgique, en Italie, aux États-Unis. En 1935, il compose pour les Gobelins un carton de tapisserie, la Paix, destiné au Palais des Nations à Genève et, en 1937, au Palais Chaillot, il partage avec Raoul Dufy la commande d’une grande peinture murale sur le thème de la Seine.