Van Rysselberghe

mardi 25 juillet 2006
popularité : 22%

Théo Van Rysselberghe


Gand (B), 1862 - Saint-Clair (F), 1926
Les Sœurs du peintre Schlobach
1884
Huile sur toile, 207 x 147 cm
Signé en bas à gauche : Théo vanRysselberghe
Inv. AM 77/303

En 1884, Théo Van Rysselberghe est de retour en Belgique après un séjour de près d’un an au Maroc avec le peintre Franz Charlet. Le 6 juillet, il écrit à son ami Émile Verhaeren : « Je passerai l’hiver à Bruxelles, où je m’installerai dans quelque atelier spacieux. Je voudrais faire quelques portraits ; entre autres les deux petites sœurs de Willy sur une grande toile ».

D’une famille d’origine allemande, Willy Schlobach, ami de Van Rysselberghe, fait partie comme ce dernier des membres fondateurs du Cercle des XX. Ce groupement de peintres et de sculpteurs belges s’est constitué à l’automne 1883 en réaction à l’académisme et s’est donné pour but d’organiser une exposition annuelle de leurs œuvres tout en invitant vingt autres artistes.

Au Salon des XX en 1885, Théo Van Rysselberghe présente « à côté d’une série de paysages, de la Grande Fantasia actuellement au Musée de Bruxelles et du Conteur Arabe, le groupe de Mlles Marguerite et Jeanne Schlobach qui, peint à son retour du Maroc, offre le contraste d’une gamme subtile de gris. Cette œuvre atteste, par l’excellence de la composition et le caractère intime de la ressem-blance, le point de départ d’une carrière de grand portraitiste. »

L’arrière-plan devant lequel posent sagement les deux jeunes filles, vêtues de sombre, frappe autant par la richesse de sa décoration que par la sobriété du choix des couleurs.

En effet, la fresque exotique du mur, peut-être réminiscence de son séjour marocain, se cantonne de manière surprenante dans des dégradés de gris, sur lesquels se détachent et prennent du volume les noirs profonds des robes des deux sœurs. Le traitement du nappage de la table mais surtout du tapis de sol en touches souples et mouvementées renforce le contraste avec le statisme des modèles.

Repères biographiques

À 17 ans, Théo Van Rysselberghe s’initie aux techniques de la peinture à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles dans l’atelier de Jean Portaels, il débute en exposant en 1881 au Salon de Bruxelles. Il entreprend un voyage en compagnie du jeune peintre espagnol Dario de Regoyos résidant en Belgique, qui le mène en 1882 en Espagne où séjourne Constantin Meunier, envoyé par le Gouvernement belge pour copier à Séville un tableau de Campana. Meunier lui apporte de précieux conseils.

De ce premier voyage, il rapporte plusieurs tableaux et esquisses, exposés à L’Essor en 1883. En visitant ce salon, l’écrivain Émile Verhaeren découvre ce jeune talent. Une profonde et fidèle amitié les unit pendant plus de quarante-trois ans. Au contact du poète, le jeune peintre s’introduit dans le milieu littéraire et celui des peintres impressionnistes.

Un nouveau voyage, à la fin de 1883, le conduit à visiter pendant plusieurs mois le Maroc où il conçoit deux tableaux de grand format, Fantasia et le Conteur arabe. L’année suivante, on le retrouve comme membre fondateur du groupe Les XX. Son esprit curieux le conduit à se tourner vers les impressionnistes. De fréquents séjours parisiens qui s’étalent sur trente années lui valent de devenir l’ami intime de Pissarro, Seurat, Signac, Renoir et Maximilien Luce. Théo Van Rysselberghe devient le collaborateur privilégié d’Octave Maus dans la préparation et l’organisation des salons des XX. C’est par son intermé-diaire que Toulouse-Lautrec, Seurat et Signac seront invités à présenter leurs œuvres à Bruxelles. Seurat et surtout Signac le rallieront aux théories du Pointillisme. Il expose ses nouvelles œuvres - surtout des portraits - conçues dans ce nouvel esprit de la division de la couleur aux XX en 1889. La même année, il épouse Marie Mommon, jeune fille très cultivée. En 1898, le couple Van Rysselberghe quitte Bruxelles pour s’installer à Paris où l’attend la notoriété. Intime du monde littéraire, Van Rysselberghe sera, entre autres, le portraitiste éclairé de Roger Martin du Gard, de Jean Schlumberger, le romancier et fondateur de la NRF, d’André Gide avec qui son épouse « la petite dame » aura une relation privilégiée.

Conquis par la Provence, Théo Van Rysselberghe se fait bâtir une maison à Saint-Clair et, s’il travaille désormais dans sa nouvelle propriété, il continue de voyager en Espagne. Il reste fidèle aux techniques du Divisionnisme et devient, comme le souligne Gustave Vanzype dans sa notice biographique, « le plus complet des néo-impressionnistes,[...] celui qui a réussi à assouplir le procédé, à le mettre au service de la vision normale, à ne pas lui sacrifier les aspects essentiels de la réalité ».

Tenté par de nouvelles expériences, il apporte sa contribution, avec l’architecte Henry Van de Velde, au renouveau des arts décoratifs. Il dessine des meubles, des bijoux, des affiches et se lance même dans la sculpture. Il participe en 1904 au Salon de la Libre Esthétique, consacré à l’Impressionnisme.


Commentaires  (fermé)