Kokoschka

 2006
popularité : 17%

Oskar Kokoschka


Pöchlarn (A), 1886 - Villeneuve (CH), 1980
Monte Carlo
1925
Huile sur toile, 73 x 100 cm
Monogramé en bas à droite : OK
Inv. AM 398/148

Kokoschka peint cette vue de Monte Carlo pendant un séjour à Monaco en 1925, étape d’un plus long périple à travers l’Europe ; le peintre voyage en effet beaucoup entre 1924 et 1931 et le paysage devient un sujet de prédilection.

De son observatoire, il nous offre un large panorama sur la baie, le cirque rocheux qui surplombe la ville et le port, la péninsule avec le château monégasque.

La couleur bleue, très présente dans la toile, opère une véritable fusion des différents éléments : la montagne, le ciel et le mer. Les personnages qui apparaissent à l’avant-plan inférieur du tableau nous ramènent à la réalité de l’endroit, avant tout lieu de villégiature mondain. À droite, surgit une tête d’homme portant un canotier, un vacancier en promenade, peut-être le peintre lui-même ? Sa main gantée de blanc fait un signe discret vers une jeune femme en contrebas sur la gauche ; elle-même regarde dans sa direction, le bras et la main gauches tendus dans un geste identique à celui de la statue d’une Vénus antique, derrière elle.

Un grand oiseau blanc se déploie au dessus de la scène, « rappelant que Monte Carlo cache ses passions secrètes ».

Kokoschka, avant tout portraitiste, s’est attaché encore une fois à conjuguer formes et couleurs pour définir les physionomies de ses personnages mais aussi pour capter un peu de leur vie intérieure, de leurs sentiments.

Monte Carlo sera acquis, juste un an après sa création par le musée de Francfort. En 1937, le tableau sera confisqué et considéré comme « art dégénéré ». En fait, dès ses débuts à Vienne, Kokoschka s’inscrit en marge du conservatisme de la capitale autrichienne : « il provoquait toujours l’indignation, non seulement par sa peinture et sa poésie mais également par ses prises de position tant politiques que philosophiques, ainsi que par son refus de se soumettre aux normes en vigueur ».

Repères biographiques

D’origine autrichienne par sa mère et tchèque par son père, Oskar Kokoschka est né à Pochlarn le 1er mars 1886. Élève de l’École des Arts décoratifs de Vienne, dont il sera exclu, il subit d’abord l’influence de Gustave Klimt. Peintre, graveur, caricaturiste, écrivain, dramaturge, il s’engage aussi dans la politique. En 1910, il s’installe à Berlin où il fait la connaissance de Herwarth Walden, directeur de la revue Der Sturm, et devient l’un de ses collaborateurs.

Il présente sa première exposition personnelle à la Galerie Paul Cassirer. Engagé volontaire, Kokoschka est grièvement blessé sur le front de l’est en septembre 1915. Il est soigné à Dresde, où il résidera de 1917 à 1924, et enseignera à l’Académie. Il abandonne sa chaire de dessin en 1924 pour entreprendre une série de voyages en France, en Espagne, au Portugal, à Amsterdam et à Londres ; il en rapporte une riche moisson de grands paysages urbains au style puissant.

De 1931 à 1934, Kokoschka s’installe à Vienne. Persécuté par le nazisme, qui considère ses œuvres comme de « l’Art dégénéré », Kokoschka émigre bientôt à Londres où il passe les années de guerre, et se marie en 1941 avec Olda Palkovska. En 1953, Kokoschka fonde à Salzbourg « L’École du Regard », où il viendra chaque été enseigner à des étudiants accourant du monde entier.

Il vit les dernières années de sa vie au bord du Léman, à Villeneuve, où il meurt à 94 ans, le 22 février 1980.