Evenepoel

lundi 24 juillet 2006
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Henri Evenepoel


Nice (F), 1872 - Paris (F), 1899
Promenade du dimanche au Bois de Boulogne
1899
Huile sur toile, 190 x 300 cm
Signé et daté en bas vers la gauche : h.j.evenepoel.PARIS.99
Inv. AM 494/171

Le titre donné par l’artiste est devenu, sans qu’on en connaisse la raison, Promenade du dimanche à Saint-Cloud lors d’une exposition au Stedelijk Museum en 1945-1946 et est resté longtemps erroné. Dans sa correspondance, il écrit pourtant « je suis occupé à faire un assez grand tableau - Promenade au Bois de Boulogne - puis aussi un grand portrait, d’un Espagnol, un nommé Iturrino. »

C’est en juin 1899, six mois avant sa mort prématurée, que le peintre entreprend la réalisation de deux toiles de grand format : Promenade du dimanche au Bois de Boulogne et l’Espagnol à Paris, remarquable portrait du peintre espagnol Francisco Iturrino.

Il exécute un grand nombre d’esquisses préparatoires (Études I, II, III du Cuirassier ; esquisses I, II, III de Dimanche au Bois de Boulogne) pour ce qui s’avérera être son dernier grand tableau. Elles permettent de comprendre l’évolution qui s’opère tout au long du travail de création. « La composition, assez confuse et chargée du début, aboutit à une œuvre puissamment construite, aérée, mettant en évidence le couple formé par le grenadier et sa con-quête, alors que le projet primitif prévoyait deux militaires ».

La personnalité du jeune Evenepoel se confirme. La leçon de Manet qui l’a tant touché - il en a eu la révélation lors d’une exposition chez Durand-Ruel en 1894 - est maîtrisée ; sa manière picturale le situe peut-être dans la mouvance du Post-impres-sionnisme, des Nabis, de Gauguin mais en toute indépendance. « L’autorité de la composition relève, en premier lieu, du langage plastique : équilibre et dynamisme sont le fait de la disposition des masses et du dialogue des tons sombres et clairs. La dispo-sition des personnages, leurs orientations, les pleins et les vides, le ruban continu du fond, la ponctuation des couleurs, les figures du premier plan qui vont sortir ou sortent du champ, tous ces éléments orches-trés font de ce tableau une œuvre en mouvement, et l’on pourrait ajouter, peut-être, avant le Futurisme. »

Durant cet été 1899, Evenepoel reçoit une invitation d’Octave Maus pour participer au prochain Salon de la Libre Esthétique ainsi que celle des organisateurs de la section belge de l’Exposition Universelle de Paris. Non seulement sa carrière démarre vraiment, son travail est apprécié, le succès semble au rendez-vous pour 1900, mais surtout sa vie affective se clarifie positivement. Il décide de rentrer en Belgique, il peut envisager d’épouser enfin sa cousine Louise, bientôt divorcée, et reconnaître leur fils Charles.

Mais le sort en décide autrement ; quelques jours avant son retour à Bruxelles, il est emporté par la fièvre typhoïde.

En 1908, la Ville de Liège acquiert le tableau à la suite de bien des péripéties. Cette année-là, la commission d’achat du Musée des Beaux-Arts, présidée par Armand Rassenfosse, sélectionne plusieurs œuvres dont deux Evenepoel, deux Ensor mais cette proposition d’acquisition doit obtenir l’assentiment du Conseil communal ; le refus catégorique de ce dernier ignorant de la qualité des tableaux retenus provoque la menace de démission générale de ladite commission. Pour éviter le scandale, la Ville accepte enfin un seul tableau, la grande toile qui appartenait alors au père de l’artiste, M. Edmond Evenepoel.

Repères biographiques

Après la mort de sa mère en 1874, l’éducation du jeune Henri est assurée par son père, haut-fonctionnaire belge, homme cultivé et mélomane. Alors qu’il fréquente l’Athénée, Evenepoel suit les cours de dessin à l’Académie de Saint-Josse-ten-Noode (Bruxelles) ainsi que ceux de l’atelier du peintre Blanc-Garin et du décorateur Adolphe Crespin. Son père accepte que son fils se rende à Paris en 1892. Il loge et prend pension chez sa cousine Louise De Mey qui occupera une place très importante dans sa vie affective et sera un de ses modèles préférés.

Il s’inscrit à l’École des Beaux-Arts, au cours d’art décoratif, et, en mars 1893, il se fait admettre dans l’atelier de Gustave Moreau. Il confie à son père : « J ‘ai appris qu’on devait peindre en aimant ce qu’on faisait et que, seul ce qui était aimé par le cœur louable, que chaque coup de brosse devait être dirigé par la sensibilité ; loin de ceux qui peignent avec la main ; de ceux dont l’œuvre est une satisfaction de l’œil, mais dont le nerf optique n’est pas en relation avec le cœur ». Cet atelier est aussi fréquenté par deux autres peintres, Henri Matisse et Georges Rouault, avec qui il sympathise.

Invité en 1894 au Salon des Artistes français, il participe en juillet de la même année à l’exposition des ateliers de l’École des Beaux-Arts. Lors d’une visite à la galerie Durand-Ruel, il découvre l’œuvre de Manet. Il s’en explique à son père : « Pour moi, qui ne le connaissais que d’après l’Olympia de Luxembourg, cela a été une révélation. J’ai été absolument épaté ». En novembre 1894, sa cousine Louise donne naissance à son fils Charles que l’on retrouve dans nombre de ses portraits d’enfants. Evenepoel commence à être apprécié dans les milieux artistiques, sa personnalité s’affirme.

À partir de 1895, il présente régulièrement ses travaux au Salon du Champ de Mars. Il est reçu par Toulouse-Lautrec, Jérôme, Jacques-Émile Blanche. C’est l’époque de ses portraits : la Tasse de Thé, Portrait de Madame Crespin, Mademoiselle Matisse.

En 1897, le jeune Henri tombe malade et, pour se soigner, séjourne quelques mois en Algérie. Il en rapporte une série de toiles et de dessins « où l’audace du coloriste se donne libre carrière » selon Frans Hellens. Ces toiles ont été exposées à Bruxelles avec d’autres œuvres de l’artiste dans la première exposition d’ensemble organisée par les admira-teurs d’Evenepoel au Cercle artistique de 1898.

De retour à Paris, Evenepoel réalise de grandes compositions comme Promenade du Dimanche au Bois de Boulogne, synthèse des études antérieures. Le succès et la notoriété sont en vue, il est sur le point d’exposer à La Libre Esthétique en 1900. Il meurt à 27 ans, emporté par la fièvre typhoïde.